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Atelier du Vieil Apt, faïences fines
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Faïences d'Apt, faïences d'art

La faïence d'Apt est réputée jusqu'aux Etats-Unis et au Canada. Trois cents faïenciers la fabriquaient en 1840. Aujourd'hui, il ne reste plus que deux ateliers en activité, dont l'Atelier du Vieil Apt ouvert en 2003.
C'est à Apt même, berceau de leur art, que Luc Jacquel et Benoît Gils ont installé leur atelier de faïence fine. Successeurs d'une tradition tricentenaire de faïenciers artistes, ces deux créateurs perpétuent ensemble le métier que leur a transmis le maître Jean Faucon, descendant lui-même d'une longue lignée d'artisans qui ont ennobli les arts de la table, en ciselant la terre comme de l'or.

Entrer dans l'atelier, c'est tenir le Luberon à portée de main. On y voit tous les éclats de sa terre, la luxuriance de sa végétation, la douceur de ses horizons. Que ce soit dans les bleus transparents de son ciel, dans les ocres de ses douces collines qui s'écoulent langoureusement vers le couchant, dans les verts de ses chênes et de ses oliviers, ou dans le délicat modelé de sa flore, tout, ici, ressemble à ce lumineux pays de Provence.
C'est en 1720, que le potier César Moulin invente la faïence fine, qui fera la réputation du Pays d'Apt, que nos deux compères perpétuent. Par hasard.
 

 
Faïences
Benoît Gils et Luc Jacquel, faïenciers
Benoît Gils et Luc Jacquel

Tradition et modernité

Luc Jacquel ne se vouait pas à la magie de transmuer de la glaise en splendides polychromies. Electromécanicien de formation, transfuge aptésien à la découverte de Paris grâce à son ami Philippe Léotard, il revient dans sa terre d'origine à l'invitation de son frère d'enfance, le grand faïencier Jean Faucon. Pour l'aider dans une commande… Ça durera quinze ans. Jean lui communique tous ses secrets et sa passion pour cette véritable alchimie d'où naît une faïence unique au monde.
   Benoît Gils, tout enfant, crée déjà des sujets en pâte à modeler. Adolescent, il se fait de l'argent de poche en vendant sa production. Engagé chez un pâtissier, il affine son talent de modeleur avec la pâte d'amande des gâteaux... Devenu aide maçon, il bat de l'aile. Sa mère connaît Faucon, et lui recommande son petit. Pour voir. Jean Faucon excellait dans l'art de transformer l'argile en fleur. Il montre à Benoît une de ses créations, et le met au défi d'en faire autant. Quand le jeune homme lui apporte deux fleurs et lui demande qu'elle est la sienne, Jean Faucon se trompe, et désigne celle que Benoît a modelée… Benoît est embauché sur-le-champ. Cinq ans après, Jean meurt.
   En février 2003, après le décès de leur patron et ami, Luc et Benoît décident de s'associer et de fonder leur propre atelier : 1' « Atelier du Vieil Apt ». Leur succès est immédiat.
   Luc, un jovial quadra au doux regard bleu, possède les secrets de douze générations de faïenciers, Benoît, mince garçon brun d'à peine trente ans, la sensualité et la grâce d'un grand orfèvre : une parfaite complémentarité. Ensemble, ils ont relevé le pari de la tradition et de la modernité, et ajouté leurs noms à l'histoire des maîtres faïenciers.
   Luc et Benoît magnifient la terre. De l'argile qu'ils mettent à pourrir dans un fût de chêne empli d'eau. « Plus l'argile est pourrie, mieux ça vaut », affirme Luc. C'est la grosse barrique qui trône au mitan de leur magasin, moitié atelier, moitié show-room où palpitent toutes les nuances de la faïence d'Apt, si typique et originale.
   En sus des terres jaunes, dites de Castellet, sobres et lumineuses, fidèles reproductions des modèles Régence et Louis XV du maître César Moulin, la faïence d'Apt se caractérise par une alliance irisée d'argiles de différentes couleurs, pétries dans la masse. Son spectaculaire aspect, « marbré » ou « flammé », délicatement raffiné, est le fruit d'un long processus et de beaucoup de labeur…
 

 

Un nid de secrets

Naturelle, ou teintée avec des pigments ou des oxydes naturels, la glaise détrempée qui sort de la barrique doit décanter dans des bacs poreux jusqu'à ce qu'elle atteigne la consistance qui permettra à Luc de la travailler : « chaque faïencier est un nid de secrets » rétorque-t-il, tout souriant, quand on lui demande comment il procède. Au contraire de la poterie qui est montée au tour, la faïence est moulée et tournée. Ses liserés sont de fins boudins d'argile préalablement posés sur les moules en plâtre où la pâte crue est ensuite ouvrée. Il faudra attendre une vingtaine de minute pour l'en décoller (au sèche-cheveux, parfois), et une quinzaine de jours de séchage avant de pouvoir la cuire une première fois. C'est le moment où Benoît peut composer ses luxuriants décors, avec de la terre jaune ou de la terre blanche de Vallauris. Il façonne chaque détail avec ses ongles, des aiguilles, des moules ou des feuilles d'olivier, de rosier, de chêne,... Une délicate et charnelle foison d'ornements qu'il colle sur la terre crue avec une barbotine d'argile, dont il doit en sus vaincre les caprices. Une soupière au motif fleuri lui demandera deux jours de patient ouvrage.
   Le résultat vaut le détour. Chaque pièce est unique. Chacune est signée. Les plats, assiettes, vases, bols, tasses, soucoupes, soupières… qui sortent du four varient par leur couleur, leur dessin ou leur décor : un florilège de formes et de teintes, de décors et d'invention. Avec un regard espiègle et sûr de son fait Benoît frappe de ses doigts une coupelle marbrée : elle sonne claire et limpide. Le travail de deux artistes heureux de leur métier, qui y pensent jour et nuit, et qui transcendent le précieux héritage qu'ils ont reçu.

Charles-Henri Calame, 2004

 
Faïences : formes diverses

 

 
 
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